Bavent


Cérémonie à Bavent - juin 2014
Cérémonie à Bavent - juin 2014

Bavent, située sur un point haut, représente un point de passage obligé entre l'est et l'ouest des marais de la Dives. Les Alliés veulent sécuriser le flanc gauche de leur tête de pont en détruisant plusieurs ponts sur la Dives puis en se repliant sur Bavent en le tenant fermement contre d'éventuelles contre-attaques allemandes. Sous le commandement de la 6th Airborne Division, britanniques et canadiens sont chargés de cette mission aux premières heures du 6 juin 1944. Mais dès le 7 juin, les Allemands de la 346 Infanterie-Division renforcent leur défense dans le secteur et se mettent en position face aux parachutistes britanniques. 

Du 7 juin au 17 août, le bois de Bavent reste aux mains des alliés qui effectuent des reconnaissances de jour comme de nuit pour tester le dispositif défensif allemand. Lorsque l’opération Paddle est lancée le 17 août, le village enfin libéré n'est plus qu'un tas de ruines. 


Souvenirs de Maurice Pillet - Bavent 1944

Les premières images que j’ai gardées du débarquement ?

 

Les parachutistes, il y en avait beaucoup mais ils n’arrivaient pas par chez nous car ils avaient rendez-vous au bois de Bavent, à part deux qui sont venus à la maison. J’habitais à la lisière du bois de Bavent à 2 km du bourg. Avant, souvent le soir, on entendait les bombardements, on se disait qu’ils allaient sur Merville. Et on avait une radio, on écoutait tous les jours, il y avait des messages qu’on ne comprenait pas. Notre chien, Sultan, gardait pour nous : il ne disait rien si c’étaient des avions allemands mais dès que c’étaient des avions anglais, il grondait et devenait fou. Les avions ne volaient pas à la même altitude, les avions anglais volaient plus haut dans les nuages et il y avait des bombardements juste après. La veille au soir du 6 juin, il y avait des centaines d’avions qui tournaient dans le ciel, ils tournaient au-dessus de la mer. C’était inhabituel. Le 6 juin les bombes ne sont pas tombées loin.

 

Nous habitions en lisière du bois de Bavent. Nous en avons vu tomber des parachutistes ! Deux Canadiens qui parlaient français sont arrivés chez nous vers 7 heures, ils étaient tombés dans les marais inondés et étaient bien mouillés. Ils étaient méfiants, ils ont ouvert la porte vite fait et sont rentrés avec leur fusil. Ils se sont séchés un peu à la cheminée, ils ont bu du café au lait, pas d’alcool et ils sont repartis. Ils avaient rendez-vous au Mesnil de Bavent. On était à 2 km du bourg, à 7 heures, on n’avait encore vu personne. Les allemands, ils leur tournaient le dos.

 

Après cela on s’est aperçus qu’il y avait un avion de transport tombé à 100 mètres de la ferme et nous n’avons rien entendu ! Il y avait tellement de bruit, ça pétaradait partout. Le pilote a été sauvé par des voisins qui avaient vu l’avion passer en rase-mottes au-dessus de la ferme et ensuite, il était tombé. Ils sont allés chercher le pilote et c’est le père Maidactcheski, un Russe, qui l’a soigné. Ils l’ont emmené chez eux, ils n’avaient pas peur. Ensuite il l’a remis aux Anglais On a vu des coups de main des Anglais, ils descendaient en jeep. Les Allemands n’étaient pas loin, les anglais les mitraillaient sans les voir et ensuite ils repartaient. Les Allemands passaient devant la maison pour aller dans le bois, ils étaient cachés dans une partie du bois. On a aussi eu le droit aux obus !

 

Moi, mon frère Robert, ma sœur Christiane et ma mère, on est partis. On est restés à Petitville une journée ; ça fusillait autant : on était une quinzaine de personnes dans une salle et un obus est tombé de l’autre côté du mur, une jeune fille a été tuée. Cà fait drôle, quand vous êtes assis et qu’une jeune fille se retrouve à plat ventre, elle a pris un éclat dans la tête ! C’était dans la ferme d’Adolphe Moulin. On est partis plus loin à Cléville, il fallait se méfier de beaucoup de monde ! Du côté de Cléville, il y avait des moustiques …

 

On a logé au château Pigache, on couchait dans la paille. Après on est partis sur Livarot et dans l’Orne à Gacé et à Saint-Evroult de Montfort. Mon père et les deux grand pères sont restés un mois de plus et puis, ils sont partis eux aussi, mi-juillet. Ils n’avaient plus rien à manger, c’était dur. Ils sont partis à travers les bois en laissant tout derrière eux, les bêtes et tout le reste. Mon père a fini par nous retrouver, en questionnant les gens, par le bouche à oreille, je crois que c’est par Gérard Dumont. Quand on est revenus à Bavent, on était sinistrés. La maison n’était pas par terre parce qu’il y avait beaucoup de bois mais elle était inhabitable, des obus étaient tombés sur le toit, qui s’était effondré. 

 

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Souvenirs de Maurice Pillet
Maurice Pillet a vécu la nuit du 5 au 6 juin 1944 à Bavent. Des parachutistes sont entrés, un fusil à la main ..."
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Voir également les témoignages de Robehomme


Images des cérémonies du 70ème anniversaire à Bavent

Images Le Callonec